Toute préparation à un examen ou un concours nécessite obligatoirement l'utilisation de la mémoire afin de mémoriser des informations. En fonction de l'examen et du niveau, la somme de connaissances à accumuler est plus ou moins importante. Il faut donc apprendre à mémoriser efficacement.

Les types de mémoire

La mémoire perceptive (ou sensorielle)

Durant de nombreuses années, le débat a été animé entre ceux qui prétendaient la nature unique de la mémoire et ceux qui prédentaient la nature multiple de la mémoire. Dans tous les cas, l'information perceptive est d'abord stockée temporairement (quelques centaines millisecondes) en mémoire afin d'être analysée et catégorisée. Cette capacité mémorielle ne dépend pas d'un travail particulier, elle est a peu près équivalente chez chacun. Cependant, cette mémoire étant utilisée, grosso modo, par tous les canaux perceptifs en même temps, plus les perceptions seront utilisées, moins il en restera pour les autres. En clair, il est plus facile de lire (vision) dans un environnement calme que bruyant car le bruit monopolise inconsciemment des ressources auditives analysant le signal. L'on s'en rend compte lorsque dans un brouhaha quelqu'un prononce subitement notre prénom ou notre nom.

Donc, moins les autres sens seront utilisés, plus la capacité mémorielle sera disponible pour ce qui compte vraiment. Ce qui peut faire la différence en revanche et la capacité d'abstraction, c'est à dire la capacité de déconnecter les autres sens de façon à employer la mémoire perceptive sur un nombre réduit de canaux.

Il en est de même chez les personnes auxquelles il manque un ou plusieurs sens, de façon temporaire ou définitive. En mettant de côté la plasticité du cerveau qui va développer des analyses plus fines chez des personnes manquants d'un ou plusieurs sens sur une longue période, le simple fait de masquer la vue, par exemple, permet de mieux analyser les bruits qui nous entourent ou les sensations tactiles.

Cette mémoire perceptive sert à stocker l'information de façon à ce que cerveau puisse reconnaître sa nature (visuelle, auditive, etc.) et lui affecter le traitement spécifique qui lui convient afin de la passer dans la mémoire à court terme sous une forme exploitable.

La mémoire à court terme

La mémoire à court terme est une mémoire de travail qui va stocker durant quelques secondes les informations relatives à une utilisation en cours comme retenir un numéro de téléphone afin de le composer, de mémoriser une retenue dans un calcul mental, etc. Les données contenues dans cette mémoire sont volatiles. Elle est souvent opposée à la mémoire à long terme.

Cette mémoire n'est pas un espace passif, il contient aussi ce qu'on appelle la mémoire de travail. C'est un espace actif qui permet l'apprentissage et le traitements des informations, notamment grâce au processus de révision.

La mémoire à court terme, tout comme la mémoire sensorielle est limitée en capacité. Elle est de l'ordre de 7 éléments, et varie peu en fonction des performances mémorielles. Cela ne fait donc pas la différence entre une personne capable de mémoriser rapidement et une autre. 7 éléments, c'est très peu. C'est l'espace de travail qui permet essentiellement de mémoriser plus d'élements, jusqu'à les transférer dans la mémoire à long terme. Cet espace de travail est utilisé lorsque, en dehors de la perception des informations, l'on cherche à se souvenir des éléments qu'on a rencontrés, sans les avoir actuellement sous les yeux. L'on se répète la liste mentalement -parfois à voix haute- afin de faire un effort de mémorisation, pour lutter contre la tendance naturelle de la mémoire à court terme d'effacer les informations rapidement en fonction du temps et du nombre.

La mémoire à long terme

La mémoire à long terme est une mémoire qui permet de stocker des informations sur du long - voire très long - terme. Cela peut être des semaines, des mois, des années... ou toute une vie.

L'importance de l'encodage

Fort heureusement, les informations de la mémoire à court terme peuvent être transférées sous certaines conditions dans la mémoire à long terme. Toutes les informations ne peuvent pas être transférées dans la mémoire à long terme. Seules les informations ayant subi un traitement approprié ont plus de chance d'être transférées que les autres.

Le processus de mémorisation est limités par deux goulots d'étranglement. Le premier concerne la faible capacité mémorielle à court terme qui peut rapidement être saturée, le second concerne la vitesse d'encodage des informations. Pour être mémorisée à long terme, l'information a besoin d'être encodée, c'est à dire d'être tranformée en une information dans un format spécifique, propre au stockage et à une utilisation rapide. Cette transformation nécessite un peu de temps. Si le nombre d'informations est trop important, il y a un phénomène de saturation. C'est littéralement ce que l'on ressent lorsqu'on cherche à apprendre et que rien ne veut "rentrer". Il suffit alors juste de diminuer le flux d'informations (en faisant autre chose) de façon à laisser les encodages se faire à leur rythme.

L'encodage est un processus très particulier et obligatoire pour la mémorisation. En effet, il est impossible de retrouver une information mémorisée s'il n'existe pas un moyen de la retrouver. Cela serait comme avoir un livre sans index, sans chapitre. L'encodage permet donc d'analyser la nature propre de l'information (image, texte, son, etc.) et de l'analyser de façon à trouver des points de comparaisons ou d'oppositions, des liens, de façon à le catégoriser. Ainsi, lorqu'on cherchera, par la suite, des informations concernant une information spécifique, la mémoire va activer tous les liens correspondants et retrouver les informations reliées et catégorisées. Ainsi, si nous cherchons en mémoire la capitale de la France, la mémoire va activer tous les liens entre capitale et pays = France et devrait normalement tomber sur Paris. Etc.

Toute l'astuce donc de la mémorisation consiste en la performance de l'encodage c'est à dire à la fois sa vitesse et son analyse juste du type d'informations. Il s'agit non pas d'une chose qui se décide, mais d'une capacité spontanée que le cerveau offre pour la mémorisation. Ainsi, l'encodage est plus facile sur des informations intelligibles (des mots que l'on connaît, des signes que l'on connaît) que sur ce qui ne l'est pas.

Ainsi, il est plus aisé de mémoriser cette phrase :

Le grand oral passe par la prose du mystère

que celle-ci :

fg urkdljvc bjikjvkj trhy kjijj olgkjh wxpkfh

Tout comme il est plus aisé de mémoriser :

Ma fille aime les chiens, les chats et les oiseaux

que :

Le grand oral passe par la prose du mystère

Cela provient du fait que le cerveau a déjà créé les structures nécessaires pour encoder rapidement les mots de notre langue, selon un ordre et un sens précis. Ce qui n'est pas le cas pour des langues étrangères inconnues, ou des encodages spécifiques (chiffrage de texte, etc.). L'apprentissage d'une nouvelle langue permet de mettre en place des structures d'encodage spécifiques mais étant donné que l'encodage est une capacité intrinsèque, l'on ne dispose donc que de très peu de marge de manoeuvre pour améliorer ces performances. Toute l'astuce de la mémorisation consistera non seulement à tenter d'améliorer la capacité d'encodage mais aussi de présenter l'information de façon à ce qu'elle puisse être encodée plus rapidement.

Eléments pour l'apprentissage

L'importance de la répétition

L'une des actions essentielles pour la mémorisation est la répétition. En effet, plus un élément va être rencontré, plus il sera retenu aisément et longtemps.

L'importance de la familiarité

Comme nous l'avons vu, une information est plus facile à retenir si elle est familière. Pour qu'une information soit familière, il y a deux méthodes disponibles qui peuvent être appliquées séparément ou en même temps :

Exemple

Dans Venise triomphante, Elisabeth Crouzet-Pavan, ed. Albin Michel, chapitre 1 (Une cité née des eaux), p.39, on trouve la description suivante :

[...] Les puits artificiels se diffusent dans la ville en formation. Et ils sont construits selon une technique qui nous est bien connue, caractéristique de ce que l'on nomme le "puits à la vénitienne". La cavité de la citerne, ouverte à 3 ou 4 mètres de pronfondeur sous le niveau de la marée la plus haute, est recouverte, sur les fonds et les parois, d'un enduit argileux. Au centre, sur une dalle de pierre, on installe la canna, c'est-à-dire le conduit en brique ; le ciment qui joint les briques, composé d'argile et de sable, a également pour fonction de filtrer l'eau. Le reste de la cavité est comblé par du sable que l'on va chercher sur les cordons littoreaux. Une couverture relevée vers la périphérie coiffe l'excavation. Enfin, des ouvertures, deux ou quatre selon les dimensions du puits, prolongées par des conduits, permettent de capter les pluies. Une pierre, elle-même percée en divers points, protège chacune des ouvertures. L'eau, passée à travers les sables qui la dépurent, s'infiltre dans le conduit central que surmonte la margelle, très tôt ornée et sculptée comme en témoignent les quelques exemplaires de IXe siècle qui sont conservés. [...]

Voici donc la description d'un puits vénitien, à grand renfort de prose et de détails dont le novice peut se demander en définitive à quoi peut bien ressembler physiquement un tel puits. Alors que les professeurs d'histoire géographie sont habituellement promptes à réclamer des schémas et cartes (avec légende), l'on peut regretter dans ce cas que cet éminent spécialiste n'ait pas suivi les conseils qu'il dispense à ses étudiants. Dans ce cas, un schéma valant un long discours, l'on comprend qu'on pourra remplacer cette prose (trois quart de page de roman tout de même !) par un beau schéma plus parlant.

puits vénitien en coupe puits vénitien en photo

A : canna

S : sable

T : paroi extérieure

R : rigole

C'est tout de même plus efficace et l'on comprend de suite le fonctionnement du fameux puits à la vénitienne.

L'importance de la répétition mentale

Comme nous l'avons vu, la capacité de mémorisation est d'autant plus grande que la révision mentale est importante. il ne faut donc pas hésiter à vérifier souvent ses connaissances. Plus la répétition mentale est importante, meilleure est la mémorisation.

Les pré-traitements

Nous avons vu que l'encodage comporte une phase de catégorisation des éléments de façon à les classer, les placer au bon endroit et de les retouver plus aisément. Si l'on peut difficilement améliorer la vitesse d'encodage lorsqu'on est déjà capable d'analyser les informations (ce qui est en général le cas lorsqu'on a suivi une instruction et une formation), l'on peut aider cet encodage en lui simplifiant la tâche, c'est à dire en effectuant des pré-traitements qui serviront à catégoriser les éléments. C'est d'ailleurs ce qu'un professeur fait lorsqu'il présente un cours ordonné par chapitres, parties, sections, paragraphes... les informations sont regroupées selon un ou plusieurs axes précis pour catégoriser les éléments. A charge donc de l'apprenti de catégoriser lui-même les éléments selon une logique personnelle plus familière.

Les catégorisations peuvent reposer sur un ou plusieurs axes (chronologique, géographique, etc.), sur des sonorités ("un, deux, trois, nous irons au bois...") sur des champs lexicaux ou sémantiques, etc.

Les profondeurs de traitements

Il a été mis en évidence que dans le traitement même de l'information, il y a différents niveaux :

Ces niveaux de traitement permettent de décoder les informations rapidement afin de vérifier la cohérence des informations, d'en améliorer la compréhension et par cela la mémorisation.

Ces niveaux sont en général acquis au fur et à mesure de l'instruction et de la formation. Ce qu'on appelle, en général, avoir les bons réflexes.

Les interférences

Interférences par similitudes

Les éléments sont d'autant plus difficiles à retenir qu'ils sont semblables les uns des autres. Tant que les informations ne sont pas parfaitement catégorisées et momérisées, il y a un risque de confusion des informations et au final un oubli.

Pour compenser ce problème, il suffit de mémoriser les informations de façon fractionnée, par petits morceaux, en plusieurs fois distinctes et séparées. L'apprentissage n'en sera que plus facile et de meilleure qualité.

Interférences de tâche

Lors de l'apprentissage d'une partie, si celle-ci n'est pas parfaitement mémorisée et que l'on vient apprendre une autre partie peut provoquer une détérioration de la première série, principalement si les éléments de la deuxième série sont évoqués également dans la première. Il s'agit d'un problème d'apprentissage incomplet. La mémoire interprétant le second apprentissage comme une évolution de la première et non pas comme un apprentissage distinct.

Cet effet étant d'autant plus vrai lorsque l'on apprend avant d'avoir fait un travail de rappel (travail de révision mentale ou physique), pour compenser ce problème, il faut d'abord apprendre la première partie, la réviser un certain nombre de fois avant de passer à la seconde. L'on peut aussi insérer l'apprentissage d'un partie totalement différente entre les deux, en alternant, par exemple, les matières ou les périodes (notamment en histoire).

C'est aussi ce qui se passe dans une journée d'apprentissage. Si l'on travaille une matière le matin, sa rétention peut être altérée par toutes les tâches quotidiennes à réaliser chez soi (ménage, repas, etc.). L'on retiendra d'autant mieux qu'on aura moins de choses à faire après, c'est-à-dire avant de dormir. Il vaut donc mieux rivilégier un premier apprentissage le soir, avant de se coucher que le matin au réveil.

Interférences par niveau de précision

Il est à noter aussi les interférences dues au niveau de précision retenu. Il peut arriver que le niveau de précision retenu ne permette pas à la mémoire de catégoriser les éléments de façon suffisamment fine pour les différencier. Or, moins les éléments sont différents, plus ils sont difficiles à mémoriser. A contrario, plus il faut augmenter la précision, plus l'effort de mémorisation sera intense car l'encodage long et complexe. Il faut donc trouver un habile équilibre entre performence de mémorisation et finesse de la catégorisation.

A partir de tout cela, nous pouvons en déduire une stratégie d'apprentissage et de révision.